« 4 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 250-251], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e279, page consultée le 03 mai 2026.
Jersey, 4 août 1853, jeudi soir, 6 h. ¼
Il ne sera pas dit que je ne vous aurai pas fait le moindre restitus aujourd’hui, surtout quand j’ai un moment devant moi libre de toute tracasserie et de toute occupation manuelle, mon cher petit homme, cela me fera prendre patience en vous attendant, ce qui n’est pas à dédaigner par ce temps de rage et de bisque. Heureusement que tu es à l’abri de ce genre d’émotion et que tu prends toutes ces nonchalances véreuses avec une grande philosophie et un calme inaltérable. Il est vrai que je rage assez pour deux et même pour trois, ce qui te dispense honnêtement d’en prendre ta part. Cher petit homme, je suis toute déconfiturée de tes confitures à cause du prix. Je regrette que tu m’aies chargée de cette commission, surtout puisqu’on devait en faire faire et en faire dans ta maison. Du reste, je suis sûre par la plus simple expérience que le prix de revient de Téléki est impossible. Nous verrons comment on s’en tirera chez toi. En attendant, je suis bien forcée de t’accuser 16 shillingsa 10 pennies et demi pour 32 pots, ce qui les met à un demi-shillingb pièce, c'est-à-dire presque aussi cher qu’à Paris. Dorénavant, nous ne nous risqueronsc pas dans des commandes inconnues. Maintenant, il s’agit de les ménager si vous pouvez. Et puis, je t’aime cent mille fois plus doux que les confitures les plus sucrées.
Juliette
a « shellings ».
b « shellings ».
c « risqueront ».
« 4 août 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 252-253], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16207e279, page consultée le 03 mai 2026.
Jersey, 4 août 1853, jeudi soir, 6 h. ½
Est-ce que tu aurais le cœur de ne pas revenir ce soir, mon trop aimé Toto ? Alors, me voilà bien lotiea pour attendre jusqu’à demain après une journée vide de toute joie. J’espère encore, tant est grande la confiance que j’ai en ta bonté. Puis il faudra bien que je me rende à l’évidence dans une heure. D’ici-là, je fais comme je peux pour ne pas me tourmenter.
Je t’aime, mon petit Toto, je t’aime absent, je t’aime présent, je t’aime en rêve, je t’aime les yeux ouverts, je t’aime dans la tristesse, je t’aime dans la joie, je t’adore toujours. Cet amour ne finira même pas avec ma vie car mon âme en est faite tout entière. Ainsi, mon cher petit homme, tu es condamné à mon amour à perpétuité dans l’éternité. C’est affreux à penser, n’est-ce pas ? Aussi, il y a des moments où je serais tentée de te plaindre, si je ne me sentais pas au fond de l’âme le courage de ne pas t’imposer mon amour dès qu’il te gênera, dans cette vie ou dans l’autre. En attendant que je m’aperçoive de cette triste vérité, je t’aime de toutes mes forces comme si j’étais bien sûre que mon amour te soit nécessaire.
Juliette
a « loti ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
